Relais Communiqué CNS: Retour sur deux week-end de mobilisations festives.

Le samedi 24 avril, le rendez-vous est donné aux amateurices de free party à Rouen, en hommage aux proches disparus durant cette année difficile. Aux alentours de 18h, 150 teufeureuses investissent l’ancien chai à vin sur les quais de Seine pour une nuit de fête, non sans certaines complications. En effet, rapidement au courant, les forces de l’ordre dont des membres de la BAC arrivent sur place et tente de mettre fin au rassemblement : coups de matraque, gaz lacrymogènes, nombreux tirs de LBD et grenades de désencerclement agrémentent leurs charges répétées. Le bilan est lourd : une mâchoire fracturée suite à un tir de LBD. La victime a dû se faire opérer et poser une plaque en métal. Encore un mutilé à vie. Un jeune se fera casser plusieurs côtes, un autre finira avec une fracture au genou suite à des coups de tonfa. Voici comment les flics “sécurisent les personnes pour éviter les noyades dans la Seine”. Une intervention qui n’est pas sans rappeler celle de la fête de la musique à Nantes où Steve avait perdu la vie et où 14 personnes étaient tombées dans la Loire. Les tentatives de stopper l’évènement restent infructueuses, les fêtard.es étant barricadé.es à l’intérieur du bâtiment afin de protéger les participants de la violence des policiers. Selon la préfecture, « l’intervention de la police a permis d’éviter la tenue de cette fête clandestine ». Une fête clandestine qui s’est pourtant déroulée de 18h à 8h30 du matin.

Ce week end du premier mai, date qui est chère au mouvement free party – le premier teknival de l’histoire fut organisé un premier mai, puis ensuite chaque année, exception faite en 2020, COVID oblige – fut également le théâtre de plusieurs évènements.

Vendredi soir, environ 500 fêtard.es se regroupent à côté de Saint Brieuc pour une fête en plein air. Dès les premiers regroupements de personnes un important dispositif policier est déployé, hélicoptère en prime. Qu’importe, les participant.es investissent un champ sur la commune de Haut Corlay et la musique démarre, pour le plus grand plaisir de toutes et tous. Des camions de sound-systems sont saisis avant de pouvoir entrer sur site, réduisant l’ampleur de l’évènement mais pas la détermination des personnes présentes qui profite d’un moment rare et précieux.
C’est alors que les hommes du maintien de l’ordre décident de lancer une charge sur le site de la fête en pleine nuit, sans sommation et sans raison apparente. Là encore de nombreuses grenades lacrymogènes seront utilisées, des tirs de LBD et des coups de matraque feront une fois de plus plusieurs blessés. Les FDO atteignent la sonorisation en marche et détruisent l’ensemble du matériel, cassent même les disques vinyls des artistes, dans un mépris total des lois, avant de repartir comme ils étaient venus. Environ 150 personnes resteront dans ce champ pour profiter d’un moment ensemble jusqu’au lendemain.

Samedi une petite fête se met en place dans le parc de Bercy, en plein Paris. Un petit sound system est monté et vers 17h30 la musique démarre. Environ 300 personnes sont présentes pour danser et s’amuser. Tout se passe bien, les masques sont portés et l’espace en plein air permet une limitation des contaminations. C’est alors qu’une centaine de CRS, des BAC, des BRAV-M, des équipes cynophiles stups interviennent violemment pour mettre fin au rassemblement.
Des scènes de matraquages gratuits ainsi qu’une personne -visiblement en situation de handicap et alcoolisée- ayant été tazée une dizaine de fois au sol sont rapportées. Les fêtard.es répliquent par des jets de projectiles et la fête tourne court en moins d’une demi heure. Trois personnes sont interpellées, dont une organisatrice présumée. Le matériel est emporté et un policier le qualifiera même de : “Butin de guerre” dans les colonnes du Parisien.

En sommes nous donc arrivés là ? Les mots sont forts, la police est donc en guerre contre une jeunesse névrosée et en réelle détresse. Cette répression sanglante mènera tôt ou tard à une rébellion forte et incontrôlable d’une génération qui est notre avenir à toutes et tous. Pourquoi avoir eu besoin d’autant d’unités différentes, dont certaines réputées violentes, pour mettre fin à une simple fête ? Le même soir, une autre free party prend place non loin de Dijon, dans un grand entrepôt désaffecté. Vers 18h le point de rassemblement se remplit avant de rejoindre le lieu de la fête à 20h : 150 personnes parviennent à rentrer à l’intérieur avant l’arrivée des gendarmes, puis se barricadent afin d’éviter une intervention violente à l’intérieur des locaux.
D’après la préfecture, pas moins de 130 gendarmes sont mobilisés accompagnés d’un hélicoptère pour bloquer l’accès à la fête. Malgré ce dispositif, la quasi totalité des participant.es parviennent à s’introduire à l’intérieur pour profiter de cet espace hors du temps. Bloqué.es à l’intérieur, une stratégie extrêmement dangereuse de la part des autorités. En effet, en cas de blessure ou de personne nécessitant une évacuation part les pompiers, ces derniers sont dans l’incapacité d’effectuer leur travail.

Le traitement médiatique réservé à ce type d’évènements témoigne une fois de plus de la déconnection des médias majoritaires avec le terrain. De nombreuses informations fausses ont circulé dans la presse écrite sur l’ensemble des évènements cités-ci dessus. Liste non exhaustive :

– “Les teufeurs voulaient faire la fête dans une gare” Gilles Carré, maire de Couchey repris par FranceInfo.
– À 6h du matin plusieurs journaux titraient la fin de la free party de Couchey, quand d’autres, deux heures plus tard affirmaient que la fête battait son plein.
– “La musique a été coupée dans la nuit vers 2 h avec la saisie du matériel de sonorisation qui a été suivie de l’évacuation progressive du site.” à propos de la fête de Couchey dans Ouest France Le Figaro et Cnews alors que les danseureuses ont pu profiter de la musique jusqu’à environ 8h30 avant d’évacuer.
– Dans les cas de Paris et Dijon, l’ensemble des médias annoncent des saisies de matériel. Une affirmation à nuancer avec le fait que les propriétaires de ces sonos l’ont laissé sur place sans même tenter de le récupérer. Les informations que nous détenons concernant l’interpellation d’organisateurices présumé.es nous indiquent que ce ne sont que des effets d’annonces utilisés par les préfectures pour tenter de ne pas perdre la face, enfermées dans leur politique sécuritaire excessive.

Au delà de ces cas recensés de désinformation, nous remarquons depuis quelques temps une instrumentalisation des fêtes clandestines de la part de l’extrême droite. Lors du carnaval de Marseille, Marine Le Pen avait été la seule à soutenir les fêtard.es. Ce week end, Valeurs Actuelles, connu pour être raciste et conservateur, écrivait “Peut-on éternellement empêcher les gens de faire la fête ?
Après plus d’un an de restrictions sanitaires particulièrement lourdes, la patience des Français semble arriver à ses limites”. Nous rappelons que nous crachons sur l’ensemble des sympathisant.es de l’extrême droite, qu’ils soient grand.es politicien.nes ou simples inconnu.es. Vos idéologies racistes, loin des valeurs de tolérance et de respect que nous prônons envers l’ensemble des êtres humains ne trouveront jamais leur place chez nous. Allez donc vomir votre haine entre camarades à l’esprit limité, mais ne vous servez pas de nous pour servir vos ambitions politiques aux antipodes de notre mouvement !

Ces évènements, ainsi que l’ensemble des fêtes clandestines -toute fête étant de toute façon clandestine sur décision gouvernementale- recensées par les autorités, témoignent du besoin galopant de la population française d’espaces et d’instants d’échanges sociaux. En réprimant violemment, en mutilant des personnes souvent jeunes, les forces de l’ordre et les décideurs ne font qu’augmenter la défiance et le rejet des institutions d’une population en pleine construction personnelle. En refusant à ces jeunes l’accès à des moments de détente et de déconnexion ils ne font que renforcer leur détresse psychologique, prisonnier.res de leurs minuscules appartements, quand illes ont la chance d’en avoir.
La question ne se situe pas dans tant dans le rejet des restrictions gouvernementales que dans la soif de vivre qui habite les participant.es à ces évènements. Ces jeunes ont donné de bon coeur leur année, leur mental afin de sauvegarder leurs anciens. D’après différents sondages, illes sont aujourd’hui 30% à être atteints de détresse psychologique. Et on continue de les accabler et de les culpabiliser des morts de la pandémie et du lourd fardeau qu’illes font porter aux soignant.es. Rappelons que les évènements festifs sont très peu nombreux et que nous en sommes à 6000 personnes en réanimation et 30000 contaminations par jour, et que la suppression de lits d’hopitaux bat son plein dans la course aux profits sur notre santé. Ce sont les décisions d’un gouvernement libéral dont l’argent est la seule religion qui ont plongé les hôpitaux et celleux qui les font vivre dans une détresse scandaleuse. Au jour où notre compréhension de l’épidémie a progressé et où l’on sait protéger les personnes susceptibles de développer des formes graves, il est plus que temps de proposer des solutions viables et pérennes à une part de la population qui se sent lésée par les décisions gouvernementales souvent contradictoires et difficilement compréhensibles.

Et dans le cas où l’Etat se refuserait à lancer une discussion sur le sujet avec les personnes intéressées, il ne sera plus nécessaire de s’étonner, ni même de s’indigner de rassemblements festifs désignés comme “clandestins” alors que l’on ferme les yeux sur un problème sociétal évident. Free partout !

La Coordination Nationale des Sons.

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